Le Moyen Âge

Voici, pour ceux qui auraient quelques lacunes en histoire, un résumé complet de la vie quotidienne au moyen-âge. Vous n'êtes pas forcés de suivre ces enseignements à la lettre pour concevoir un personnage sur ce forum, mais il est bon de connaître globalement cette période emplie de préjugés qui se verront ici certainement brisés...

Nous en profitons pour remercier Khadija Al-Khâtib, notre Historienne, qui a su synthétiser quelques centaines d'années d'Histoire pour agrémenter le contenu de ce site.

Vie Quotidienne

Vie quotidienne au moyen âge De manière générale, l'isolement, excepté chez les reclus, les ermites et quelques professions qui obligent à vivre loin des communautésvillageoises (chasseurs, charbonniers…), est une exception et rarement un choix. On vit en communauté, au sein de la ville, du village, de la famille. Les maisons sont petites, même pour l'aristocratie, partagées par les familles parfois nombreuses et par la domesticité. On prend ses repas ensemble, à la cuisine, dans la chambre ou à l'auberge ; les bains sont publics et les tâches quotidiennes se font en compagnie des autres. On dort souvent à proximité les uns des autres : avoir sa propre chambre est un privilège apprécié à sa juste valeur car il arrive bien souvent chez les plus pauvres ou les paysans qu'une famille entière doive se partager un seul lit. Les hôtes ont parfois le privilège de pouvoir également y prendre place. On s'y couvre beaucoup car le chauffage est souvent inexistant et rares sont ceux qui peuvent avoir le luxe de s'offrir une pièce munie d'une cheminée. Aussi, on a recours aux édredons de plume, aux lits à courtines épaisses qui isolent du froid, et le couchage collectif permet aussi de conserver la chaleur et d'éviter que les enfants, surtout les plus jeunes, ne meurent de froid. Lorsqu'on le peut, les enfants dorment ensemble, à l'écart du lit conjugal.

Le rythme quotidien suit celui du soleil qui rythme la journée de travail : les villes interdisent fréquemment aux artisans de travailler après la tombée de la nuit, autant pour éviter la concurrence déloyale que pour limiter les risques d'incendie liés à l'utilisation de bougies dans les échoppes. On prend généralement un premier repas au lever, suivi d'un autre au début de l'après-midi. Le souper se prend au crépuscule et l'hiver, il se prolonge par une collation avant le coucher qui se fait parfois fort tard, selon les saisons. L'activité quotidienne intense s'accompagne d'une nourriture abondante et solide, mais se ponctue également par des temps de repos nécessaires, réglementés par les corporations qui interdisent aux maîtres de faire trop travailler leurs apprentis. Chacun prend part aux tâches journalières, au bon fonctionnement de l'exploitation agricole, de l'échoppe, de l'atelier ou de la maison : les moments de loisirs sont rares mais ont leur importance et on ne néglige pas l'agrément des foires, des marchés, des représentations donnés par les bateleurs et les artistes itinérants.

On ignore généralement l'écrit : une large partie de la population est analphabète, les citadins connaissent souvent des rudiments de lettres et de chiffres nécessaires à la tenue des comptes, certains lisent quelques livres de piété. L'essentiel de la communication est orale : c'est ainsi que se propagent nouvelles, proclamations, lois, rumeurs, jugements et annonces. Des crieurs publics circulent au besoin et dans les villes, ils peuvent aussi faire la publicité des établissements qui les emploient. La rue est bruyante et surpeuplée, en vérité : on vit beaucoup dehors et les marchands cherchent souvent à attirer les clients en les interpellant. Chaque événement public, qu'il s'agisse d'une exécution capitale, de l'arrivée d'un grand seigneur ou de tout autre source de divertissement attire toujours sa foule de curieux parfois canalisés par des soldats payés par la commune et chargés de maintenir l'ordre à l'intérieur des murs. La sécurité est une notion vague et l'on compte bien plus sur les solidarités locales, sur sa famille et son entourage socio-professionnel que sur l'autorité centrale, encore que la justice seigneuriale soit fréquemment saisie en cas de litige ou de crime. Les notaires ont des officines nombreuses où on vient conclure des actes commerciaux, des contrats de mariage ou des décisions judiciaires qui donnent lieu à des traces écrites, rares et précieuses. Le témoignage oral a toujours une grande valeur, ce qui implique la publicité systématique des mariages, naissances, conclusions de testaments et dernières volontés : c'est sur la parole des personnes présentes que s'appuie la décision finale.

On utilise généralement peu de monnaie, lourde et pénible à transporter, rare dans les campagnes où le troc est une part intégrante de l'économie. Un prêté contre un rendu, un service contre un autre : même les impôts, qui sont la source de subsistance principale des seigneurs, sont payés en nature (livres de vin, de grain, têtes de bétail, journées de travail sur les terres du châtelain…). La monnaie circule toutefois via les marchands qui l'utilisent dans le paiement des taxes et font le bonheur des changeurs qui convertissent les monnaies locales et manipulent les monnaies de comptes. La frappe des espèces est un privilège élevé, signe d'un rang prestigieux. Le transfert d'importantes sommes d'argent se fait généralement par lettre de change, d'un établissement à l'autre. Le salaire des ouvriers et des travailleurs est presque toujours un salaire en nature et consiste souvent en leur ration journalière de nourriture.

Voyager

Voyager au moyen âge Il existe un réseau de dessertes locales très complexes qui dépendent de la dislocation des pouvoirs et donc du bon vouloir du seigneur local, des habitudes des habitants et des pouvoirs en place. Par commodité et parce que l'on se déplace quotidiennement entre les villages, les fermes, les villes et les lieux de sociabilité tels que les lieux de culte, marchés, lavoirs, moulins ect, il existe des liaisons locales très nombreuses dans un rayon court où il est possible de faire l'aller-retour dans la journée. Voies inter-régionales qui dépendent des villes et des centres de pouvoirs mais surtout des foires qui attirent des marchands venus de loin, une fois par an. Développement routier qui accompagne celui des états : état centralisé avec forte administration, perception d'impôts etc = implantation d'un réseau routier stable et solide qui permet la communication avec les régions du royaume et la circulation des officiers royaux. Les péages (ponts, gués, entrées de ville etc) sont extrêmement nombreux et constituent une part importante des revenues seigneuriaux, souvent des enjeux de pouvoir entre institutions (abbayes contre seigneur local etc). Les routes sont généralement placées sous la responsabilité du roi ou du seigneur. Les voies navigables sont très utilisées, surtout pour le commerce (plus facile de transporter les marchandises lourdes), moins pour les personnes. Marche pour les petites distances, mule, âne ou cheval pour les plus longues et selon les moyens. Existence de chars à quatre roues, parfois couverts, pour les longues distances.

Les routes sont rarement pavées, conditions climatiques qui rendent les longs trajets éprouvants + nécessité de payer des droits de passage fréquents (surtout les ponts, rares et onéreux, souvent remplacés par des gués, bacs ou ponts de bateaux). On voyage rarement seuls, plutôt en groupe, souvent escortés, car certaines régions ne sont pas sûres et le banditisme dans les lieux isolés est fréquent. Cependant, existence de sauf-conduits → soit un signe ou une lettre qui indique le statut de la personne ou du groupe, ou le plus souvent sous forme d'une escorte fournie par l'émetteur du sauf-conduit qui peut concerner une catégorie de personnes (pèlerins, marchands vers une foire, messagers etc) ou une personne seule. La protection n'est pas gratuite mais elle est accordée par les seigneurs pour attirer les marchands et aider la circulation des biens et des idées.

On voyage beaucoup au Moyen Âge mais sur des trajets limités, les villageois vont aux foires, aux marchés voisins, échanges fréquents entre les communes proches et les villes : la ville s'appuie souvent sur les productions agricoles d'un arrière pays qui tire sa subsistance en partie du commerce qu'on y fait. Les apprentis artisans voyagent, les métayers, les journaliers, les travailleurs, paysans sans terre, mercenaires et soldats sans poste, pèlerins qui propagent les nouvelles, marchands, religieux… Possibilité de demander le gîte et le couvert, selon sa classe sociale, au seigneur local, établissement religieux (hostelleries tenues par des moines pour les pèlerins et les voyageurs, souvent frustres mais à faible coût), le plus souvent chez un parent ou un ami, car l'isolement social est dramatique pour ces sociétés où l'entraide dans un groupe est fondamentale. Présence de relais, auberges etc à la proximité des villes, souvent hors des murs ou dans les villages situés près de voies de communication importantes. Ceux qui voyagent en groupe campent parfois en plein champ car les hostelleries et les auberges sont souvent très onéreuses. Quant aux tavernes, très nombreuses, elles ne servent que de débit de boisson et servent rarement de la nourriture.

On voyage en général pour les raisons suivantes :

  • Apprentis, « stagiaires », valets et domestiques qui quittent le giron familial pour se placer, étudiants dans les universités.
  • Commerce.
  • Mercenariat.
  • Cours seigneuriales itinérantes, fréquentes pour prélever les impôts et maintenir son autorité sur les vassaux. Administration, représentation et propagation de lois ou de nouvelles de la part du roi, ambassades.
  • Transmission de messages, domaine judiciaire (se rendre à une cour de justice).
  • Pèlerinages.
  • Exil, bannissement, marginalité, pauvreté.

Les femmes

Statut, possibilités, libertés qui dépendent avant tout du statut social en occident

Les femmes au moyen âge Partout, il y a une division nette entre le domaine traditionnellement dédié aux hommes (la vie publique et la subsistance du foyer) et aux femmes (l'entretien de la maisonnée et la maternité). Elle est toutefois variable et perméable.

Toutes les femmes, quelle que soit leur classe sociale, sont éduquées dans la perspective d'avoir une place active dans la société : tenir une maison, administrer ses biens, gérer la domesticité et veiller au bien être de la famille pour les dames nobles (en plus d'une éducation qui peut varier mais qui consiste en l'apprentissage de la lecture, parfois de l'écriture, et des basiques du savoir de l'époque, dans une perspective utilitaire), travailler aux champs, prendre soin des bêtes ou participer aux tâches de l'atelier pour les paysannes et les citadines. Les filles en ville sont souvent placées comme domestiques avant leur mariage, ce qui leur permet de se former aux tâches ménagères et d'accumuler un pécule (très maigre, mais quand même). A la campagne, elles prennent part aux travaux des champs. On leur réserve le gardiennage des animaux dans les pâturages, les fenaisons et surtout tous les travaux liés au tissu (filage, tissage, etc).

Les jeunes filles sont souvent mariées avant leurs vingt ans, le mariage est toujours une affaire d'alliance entre familles plus qu'une affaire sentimentale : on accorde néanmoins de l'importance au consentement des époux (faute de quoi le mariage est invalide) et il appartient au mari de respecter, protéger et prendre soin de son épouse qui en retour lui doit obéissance et conseil.

On vise une alliance raisonnée qui a pour but de fonder un foyer qui perpétue la lignée : chacun a une place bien définie. Le mari est le chef de famille, mais l'épouse, selon son statut, a un droit de regard sur les biens du couple (souvent une mise en commun des possessions apportées par les deux partis) et sur sa propre dot dans l'aristocratie, qui consiste souvent en un petit domaine qui doit être gardé à part, incessible et inaliénable, et qui constitue par la suite le douaire (part des biens réservés à l'épouse en cas de décès du mari). Selon les disposition du contrat de mariage et le caractère des époux, la femme peut gérer elle-même ses possessions (qui restent toutefois inférieures à celles du mari), conclure des actes notariés et avoir une certaine indépendance. Elle est aussi associée aux actes, décisions, ventes et achats conclus par l'époux, et doit en principe être consultée quand il s'agit des biens du ménage sur lesquels elle a un droit de regard.

Le veuvage est souvent profitable aux femmes nobles qui se libèrent à la fois de la tutelle de leur époux (encore que bien souvent ce soient les fils qui reprennent la main dans certains cas) et des dangers de la maternité qui est la première cause de mortalité des femmes. Enfin, dans un monde où les guerres sont courantes et où les époux sont souvent retenus au loin pendant de longues périodes, il appartient à l'épouse de gérer le domaine en son absence et d'exercer une régence sur la maisonnée. Dans certains cas, les époux ne cohabitent que très peu, et vivent souvent loin l'un de l'autre pendant plusieurs années : le mari, surtout quand il possède des territoires vastes ou écartelés entre plusieurs régions, est souvent retenu au loin pour ses affaires tandis que l'épouse reste dans la demeure familiale avec ses enfants dont elle est chargée de l'éducation. Certaines toutefois, quand elles parviennent à acquérir un rôle politique, accompagnent leurs maris à la guerre (les armées sont souvent accompagnées des familles des seigneurs et des princes) et dans leurs déplacements politiques.

Pour les couches les plus basses, c'est souvent à la mort d'un époux que la femme reprend l'échoppe ou l'atelier du mari, en son nom propre. Les femmes d'artisan tiennent souvent boutique et ont parfois leur propre atelier où elles ont des apprenties. En règle générale, malgré une société qui privilégie les hommes sur tous les plans, il est possible pour les femmes d'acquérir une place, certes moins importante que leurs contreparties masculines, mais qui leur permette d'avoir une certaine autonomie. Les dames de l'aristocratie, les paysannes, les artisanes de tous les corps de métier (maçonnes, enlumineresses [si si], professeresses [au Moyen Âge on féminise tous les noms de métier, rép à ça l'Académie Française], parcheminières, marchandes diverses, tisserandes, brasseuses [la bière est souvent une activité féminine, éwi], tapissières, aubergistes…) ont la possibilité de s'appuyer sur les avantages apportés par leur mariage (il y a très peu de vieilles filles et c'est souvent considéré comme un déshonneur car la vocation première des femmes reste la maternité, d'autant que la vieille fille reste souvent à la charge de sa famille et a relativement rarement la possibilité de s'assumer seule sans un important capital de départ et une famille aisée), de leur héritage ou de leur statut social pour avoir une certaine indépendance.

(Moralité : FIGHT FOR YOUR RIGHTS. Fin de la parenthèse féministe)

Nourriture

La nourriture au moyen âge Comme tout, elle dépend du statut social de l'individu, mais il faut bien souligner que la gastronomie médiévale est bien plus élaborée qu'on pourrait le croire au premier abord. Dans la noblesse comme chez les bourgeois, si on le peut, on mange en quantité et on boit beaucoup. On recommande néanmoins des périodes de jeûne thérapeutique.

Les nobles mangent ordinairement dans leur chambre, sur des tréteaux : on dresse la table sur une nappe qui sert aussi à s'essuyer et dont les pans retombent largement sur les genoux des convives, avec une vaisselle réduite au strict minimum. On utilise souvent son propre couteau (les hommes en ont souvent un sur eux) et surtout ses doigts. Les cuillères sont rares, plutôt pour les ragoûts et les potées. Les aliments solides sont consommés sur des tailloirs (épaisses tranches de pain) posés sur des planches de bois, que l'on consomme ou que l'on donne aux pauvres ou aux chiens. Les repas ordinaires comportent plusieurs services de viandes, de poissons et de légumes, puis de pâtisseries, entrecoupées d'entremets, souvent des blancs-manger (sorte de flan aux amandes à base de blanc de poulet ou de poisson). Plus la classe sociale est haute, plus on mange de viande, souvent rôtie. Beaucoup de gibier (sanglier, cerf, faisans, cygnes, paons), des morceaux nobles et peu d'abats réservés aux plus humbles. Les paysans mangent beaucoup de légumes et principalement du porc séché ou salé, très peu de viande fraîche et le fruit du braconnage : petits rongeurs (lapins, rats des champs, hérissons), oiseaux capturés au filet (merles, grives, palombes et autres), poissons de rivière, grenouilles, escargots… La consommation de poisson est importante près des côtes : on mange des fruits de mer (on raffole des ragoûts d’huîtres), de la baleine salée, des harengs et des coquillages.

Le pain et les bouillies de céréales restent la base de l'alimentation d'une majorité de la population. De blé, de seigle, d'épeautre, ou d'orge pour les plus pauvres, le pain est noir et peu raffiné pour les paysans, blanc pour les plus riches. Les produits laitiers sont rares car ils se conservent mal, on consomme peu de lait (sauf pour les malades), quelques fromages dans les régions montagneuses. Les fruits frais abondent selon la saison et on privilégie les noix et les fruits secs pour l'hiver. Autant que possible, chaque maison a son potager, plus ou moins grand, parfois entretenu en commun avec d'autres où on fait pousser pois, courges, fèves (consommées fraîches ou séchées), choux, légumes feuille (oseille, épinards, cerfeuil, poireau, arroches), légumes racine (navets, panais, pommes de terre, carottes et radis dont on consomme aussi les feuilles) et des aromates (marjolaine, hysope, menthe, ail...) qui servent aussi de remèdes. A la campagne, les cueillettes sauvages agrémentent le quotidien : fruits sauvages, châtaignes, faînes de hêtre, champignons et plantes comestibles comme les orties permettent un complément non négligeable.

Dans les cuisines des plus riches, on connaît les épices (poivre, carvi, cannelle, gingembre, clou de girofle, muscade, safran…) mais aussi les colorants alimentaires issus de végétaux qui permettent de réaliser des plats complexes et attrayants à l’œil. Les association de goûts acides et épicés dominent (beaucoup de sauces sont à base de verjus, un jus de raisin vert, d'amandes et de mie de pain) et la plupart des plats sont chargés en épices qui ne servent surtout pas à masquer le rancissement des aliments (il serait dommage de gaspiller de précieuses et coûteuses épices dans une viande gâtée…). On fait grand usage des aromates, l'ail est plutôt l'apanage des classes populaire, quoiqu'on l'utilise dans la pharmacopée pour lutter contre les vers intestinaux et comme fortifiant. Il y a peu de différence entre plat salé et sucré, relativement peu présent car le miel est plus goûté que les sucres de canne ou de betterave. Il est utilisé comme les autres épices et non considéré comme un goût à part. Les huiles sont peu utilisées et sont tirées du pavot, des noix, ou des olives. Le sel est rare, très onéreux et ne figure dans les plats que comme agent de conservation pour les viandes ou les poissons.

Les cuisines plus pauvres se contente de potées, de soupes et de plat longuement mijotés dans une marmite qui ne quitte que rarement le feu et que l'on rallonge chaque jour avec les légumes du moment. Poix, choux, pain et lard sont souvent la base, accommodés de diverses façons. L'eau, souvent polluée, vecteur de maladies et puisée dans des rivières souillées par la proximité des habitations et l'absence de sanitaires ou d'évacuation des déchets n'est pas une boisson prisée, voire une punition réservée aux pénitents et aux prisonniers. Le commun use et abuse des vins clairets, des blancs et des rosés légers (1 à 2 % d'alcool) qui sont bus à tout âge et à tout moment de la journée : la fermentation du jus de raisin permet d'assainir des breuvages qui sont en outre considérés comme fortifiants. Le vin rouge est apprécié, parfois légèrement vieilli et considéré comme médicinal. On l'aromatise fréquemment avec des herbes et des épices pour des préparations comme l'hypocras qui sont très prisées. Faute de vin, la bière et le cidre sont des recours secondaires peu appréciés mais qui ont l'avantage d'être plus sains que l'eau. La cervoise ressemble à un porridge délayé qui est réservé aux plus pauvres. Le service du vin dans les maisons nobles et surtout à l'occasion des banquets est complexe et donne lieu à un cérémonial précis qui allie la peur de l'empoisonnement (et donc le service par des domestiques hauts placés, l'échanson et le sommelier) à l'apparat.

Hygiène

L'hygiène au moyen âge Si elle n'est en rien comparable à l'hygiène moderne qui traque la moindre odeur, celle du Moyen Âge existe, n'en déplaise aux détracteurs d'une époque prétendument fétide. Le bain, dont on reconnaît les vertus thérapeutiques pour les malades et auquel on ajoute fréquemment des herbes (sauge contre les mauvaises odeur, thym, saponaire, pétales de roses ou son d'avoine), est conseillé de façon régulière, surtout pour les enfants. Au quotidien, on lave surtout les parties visibles (visage, mains, pieds), et on change fréquemment de linge. Le savon, à base de saponaire, de cendre et de suif, est d'usage courant. On se baigne peu chez soi en ville, dans la rivière à la campagne, et dès qu'on en a les moyens, dans l'une des très nombreuses étuves qui ont ouvert dans les villes et dont le prix est variable selon la qualité de l'accueil et la propreté des bains. Le thermalisme est rare mais persiste dans certaines régions aux eaux curatives et beaucoup d'établissements proposent, en plus du bain, le boire, le manger et de galantes compagnies qui transforment certains lieux en véritables lupanars vivement dénoncés par les moralistes.

On connaît aussi des préparations cosmétiques pour le teint qui doit être clair et lumineux (avoine, concombre, extraits de rose et d'aromatiques, mais aussi des organes d'animaux, des insectes broyés...) et les cheveux que l'on cherche blonds et bouclés (argiles, ortie, camomille, tilleul ou brou de noix pour les teinter). Les vinaigres, poudres de perle, de corail ou d'argile de tous types sont abondamment utilisé pour les dents, les cheveux et la peau, à côté de préparations moins bucoliques qui utilisent des urines d'animaux (connus pour apporter blondeur et éclat aux cheveux grâce à l'ammoniaque qu'elles contiennent), des lézards séchés réduits en poudre (là c'est dur de trouver l'intérêt), voire du sang de chauve-souris sensé empêcher la repousse des cheveux sur le front (à priori ça marche pas). On se blanchit la peau à la céruse, au blanc de plomb ou aux sels d'arsenic, les yeux et les sourcils sont teints au brou de noix, au noir de fumée ou, pour les plus fortunées, de fars importés, tels que le cinabre rouge, le khôl (à base de sels de plomb et d'antimoine) ou le henné. Beaucoup de ces préparations sont toxiques ou dangereuses pour la santé, comme la chaux vive utilisée pour l'épilation.

Enfin, on a recours à toutes sortes d'instrument de métal, de bois ou d'os destinés à curer les ongles qu'on doit porter courts, les dents et divers orifices du visage. Les brosses ne sont pas utilisées pour les cheveux mais on utilise quantité de peignes de différentes tailles, en os, en buis ou en ivoire. Les cheveux et la barbe sont taillés avec soin, parfois bouclés au fer. Les pierres ponces récoltées dans les régions volcaniques sont prisées pour l'épilation et le polissage des ongles.

Médecine

Médecine au moyen âge On utilise quantité d'ingrédients qui entrent dans la composition de remèdes plus ou moins fantaisistes. On connaît l'effet thérapeutique de beaucoup de plantes et de minéraux divers, mais la médecine, qu'elle soit traditionnelle (plutôt féminine, dans des campagnes peu éduquées où les recettes se transmettent entre maîtresses de maison chargées de veiller au bien être de la famille) ou plus académique (essentiellement masculine même si rien n'interdit aux femmes d'exercer, surtout dans le domaine obstétrique presque exclusivement réservé aux femmes). On connaît à peine l'anesthésie qui consiste souvent en quelque chose de sommaire : alcool fort pour étourdir le patient ou décoction de plantes somnifères (pavot, valériane, mandragore) ou analgésiques. La plupart des opérations se font à vif, généralement sans désinfection. Les plaies peuvent toutefois être lavées avec du vin, du mercure dilué, de l'alcool ainsi que des décoctions plus ou moins efficaces de plantes ou autres. On pratique fréquemment la saignée, qui met certaines maladies sur le compte d'un croupissement du sang qui doit être évacué du corps.

À défaut d'outils cliniques développés, les médecins examinent le corps pour déterminer les causes de la maladie : odeur, couleur du teint et des organes, palpation… L'examen des urines est incontournable et permet de détecter de nombreuses pathologies, tout comme celui des selles et des différentes humeurs comme le sang. La médecine reste donc sommaire, très empirique, parfois basée sur un mélange de théories scientifiques farfelues et sur des superstitions vivaces qui attribuent des propriétés médicinales à nombre de plantes ainsi qu'aux pierres et aux animaux. On pratique couramment des fumigations destinées à assainir l'air en ayant recours aux encens et aux plantes (sauge, genévrier, hysope, bourrache, marjolaine) réputées chasser les miasmes et l'air gâté. Les maladies sont courantes : infections parasitaires traitées au mercure ou au plomb (antimoine et dérivés) qui peuvent mener à une intoxication massive, maladies pulmonaires que l'on combat à l'aide d'emplâtres et de cataplasmes sur la poitrine (moutarde), maladies de peau traitées avec des baumes émollients (à base de mauve, d'avoine et de pomme), cautérisées ou ventousées et les épidémies peuvent être dévastatrices en l'absence de désinfection et d'antibiotiques. Les malades réputés contagieux, tels les lépreux, sont exclus des enceintes habitées et confinées à part : on craint plus les maladies de peau, plus visibles, plus spectaculaires, mais excessivement courantes car une majeure partie de la population est touchée par la variole qui laisse des cicatrices très voyantes.

La mortalité des enfants est très grande avant cinq ans et peu d'entre eux atteignent l'âge adulte : les naissances sont nombreuses dans les familles pour compenser cette perte importante. Les femmes sont majoritairement victimes des suites des accouchements à répétition : hémorragies, fièvres puerpérales en cas de mauvaise expulsion du placenta, infections et fièvres diverses.

Plantes fréquemment utilisées

  • Sauge : panacée médiévale, on l'utilise sous toutes ses formes (fumigations, emplâtres, cataplasmes, infusions...) contre la mélancolie, l'anémie, les maux de tête, les problèmes de circulation, les maux d'estomac et la digestion difficile. Elle est réputée abortive, comme le persil, et fait partie des plantes les plus cultivées dans les jardins car cicatrisante et fortifiante.
  • Millepertuis : en décoction ou en macération dans une huile, contre les bleus, coups, douleurs musculaires et pour guérir la mélancolie. Fleur du soleil, on la cueille au mitan de l'été et elle est réputée chasser la tristesse et les esprits diaboliques. On en tire également une teinture rouge-orangée.
  • Mandragore : cousine du gingembre, la racine est utilisée comme antalgique, anesthésiant et aphrodisiaque puissant. Elle est réputée pousser aux pieds des gibets.
  • Angélique : autre panacée de la pharmacopée médiévale, on l'utilise contre la peste et comme repoussoir pour la plupart des maladies. Elle est utilisée comme aromate dans la cuisine mais également en tisane, sous forme de graines ou de racine broyée en prévention contre les infections pulmonaires et intestinales.
  • Hellébore : herbe fétide de mauvaise réputation, c'est une plante à sorcières dont on utilise les graines pour guérir les fous et la paralysie.
  • Armoise : plante protectrice, on la porte sur soi pour se protéger des mauvais sorts et de la malchance. Elle favorise le bon fonctionnement du cycle menstruel et entre dans la composition de philtres d'amour ou de remèdes aphrodisiaques avec le romarin et le thym. Ses feuilles sont utilisées pour guérir les empoisonnements.
  • Romarin : brûlé, il chasse les mauvais esprits et les maladies. Symbole d'amour et d'immortalité, on l'utilise dans les philtres d'amour et il est réputé garantir la fertilité des couples qui l'utilisent en quantité dans la cuisine et dans les vins épicés servis lors des mariages. Macéré dans le vinaigre, il protège de la peste.
  • Mélisse : on l'utilise en décoction ou en tisane pour lutter contre les insomnies, favoriser le bon déroulement de la grossesse et de l'accouchement, calmer les angoisses et les palpitation. C'est une herbe de femme, que l'on utilise en grandes quantités pour les jeunes mères.
  • Fenouil : ses graines sont mâchées pour une bonne digestion et nettoyer les dents, en décoction elle est aphrodisiaque, améliore la lactation des femmes enceintes, purifie le sang et soigne les maladies des yeux. Sa présence repousse tous les mauvais esprits et on en suspend une botte au-dessus de son entrée pour les repousser.
  • Absinthe : tonique, vermifuge, digestive, reconstituante, on en fait un vin destinés aux malades en convalescence. Elle redonne un coup de fouets aux hommes impuissants, protège des maléfices, des morsures de serpents et des parasites.
  • Girofle : on l'utilise en emplâtre contre les caries, pour favoriser la mémoire, faciliter la digestion et soulager les estomacs lourds, cicatriser les plaies et éloigner la peste. Son odeur forte est réputée chasser les miasmes dégagés par les malades et assainir leur haleine fétide, considérée comme vecteur de maladies.
  • Ortie : consommée couramment dans les campagnes, elle est aussi utilisée fraîche, en cataplasmes, contre la paralysie, l'arthrite et les douleurs articulaires. Son suc est réputé favoriser la repousse des cheveux. En tisane, c'est un astringent, cicatrisant et un fortifiant.
  • Cannelle : sous forme d'écorce, elle réchauffe et assèche. On l'utilise contre les refroidissements, la toux, la frigidité et tous les troubles causés par les grands froids. Elle soulage les douleurs menstruelles et adoucit le caractère.
  • Lavande : ses fleurs sont utilisées séchées, en décoction, infusions, en eaux, dans le vin… Plante multi-fonctions parée de nombreuses vertus, elle éloigne les parasites et les insectes dont elle apaise la piqûre, guérit les maladies de peau, harmonise l'esprit et l'humeur, lutte contre les infections, nettoie les bronches… Associée au romarin et à la marjolaine, on en fait des jonchées dans les demeures, surtout en période d'épidémie.
  • Marjolaine : avec le romarin et la lavande, elle fait partie des herbes purifiantes dont l'odeur est sensée chasser les maladies. On la porte sous forme de bouquet sur soi pour éviter de tomber malade et on la brûle pour assainir l'air. C'est un anti-poison et un anti-venin réputé. On en couronne parfois les jeunes filles qui en font des philtres d'amour.
  • Réglisse : ses tiges sont mâchées pour nettoyer les dents, adoucir l'haleine, lutter contre les maux de gorge, chasser les vents intestinaux. Elle est utilisée en période de jeûne ou de disette pour tromper la faim.

Minéraux et métaux

  • Soufre : dilué dans l'eau chaude, il sert aux inhalations pour soulager les bronches et dégager les voies respiratoires. Il est utilisé pour repousser la vermine, éloigner les parasites des plantations pour assainir le terrain.
  • Antimoine : il entre dans la composition du khôl qui prévient les infections oculaires et sa poudre dissoute dans le vin guérit les infections parasitaires.
  • Mercure : sous forme de capsules ou de fumigations, il était utilisé pour tuer les vers intestinaux et contre la syphilis. Dilué et mélangé à un extrait d'asphodèle, il assainit les plaies et chasse la vermine.
  • Or : sensé prolonger la durée de vie, il était consommé sous forme de paillettes ou de petites particules diluées dans une boisson. C'est un fortifiant qui protège des blessures, au point qu'il garantirait l'invincibilité.
  • Cuivre : sous forme de préparation liquide, il sert de bain de bouche pour lutter contre les aphtes et les maux de gorge.
  • Goudron : dilué dans l'eau, on l'administre aux malades des poumons et de l'estomac.
  • Corail, perle : réduits en poudre pour nettoyer les dents.
  • Argile blanche : en suspension dans l'eau contre les diarrhées et la dysentrie.

Crédit : Khadija Al-Khâtib